représentation

Ricoeur traduit Einfühlung des Ideen de Husserl en 1950 : « l’intropthie permet de considérer, dans le cadre même de la réduction de la nature, une pluralité et une communauté de sujets dont chacun est “présenté” à soi-même et à qui tous les autres sont “présentifiés”, non comme des parties de la nature, mais comme des consciences pures. »1 L’œuvre est présentée à son créateur. Il n’y a pas de mise en abyme de présentification successives et hiérarchisées. Le critique présentifie une présence de l’œuvre aux autres présentifiée.

Le présenter (bringt vor) est signe de travail d’un produire (her-vorbringen), une activité volontaire d’amener, de porter. « La pensée est ainsi cette présentationdu présent, qui nous livre (zu-stellt) la chose présente dans sa présence et qui la place ainsi devant nous (vor uns stellt), afin que nous nous tenions devant elle et que, à l’intérieur d’elle-même, nous puissions soutenir cette tenue. En tant qu’elle est cette présentation, la pensée apporte (zu-stellt) la chose présente en l’intégrant dans la relation qu’elle a à nous, elle la rapporte à nous. La présentation est donc re-présentation. Le mot repraesentatio est le terme qui correspond à Vorstellen et qui plus tard devient courant.

Le trait fondamental de la pensée a été jusqu’ici la représentation. Suivant l’ancienne doctrine de la pensée, cette représentation s’accomplit dans le λόγος, mot qui signifie alors énonciation, jugement. La doctrine de la pensée, du λόγος, s’appelle donc “logique”. Kant reprend, d’une manière simple, la conception traditionnelle de la pensée, le jugement, comme étant la représentation d’une représentation de l’objet (Critique de la Raison pure, A 68, B 93). Si nous jugeons, par exemple, que “ce chemin est pierreux”, alors la représentation de l’objet, c’est-à-dire du chemin, est elle-même représentée dans le jugement, à savoir comme pierreuse. »2 Le concept s’imprègne de la perception, l’enjeu est de résoudre le paradoxe de l’impression musicale dans le discours critique.

La représentation n’est pas une ressemblance car il n’y a pas de matériau brut auquel revenir par-delà les interprétations. La représentation crée de la ressemblance pour un lecteur confirmé comme spectateur potentiel de l’œuvre. La critique actualise dans le rôle de spectateur.

La représentation est l’esthétique du langage. On comprend qu’elle atteigne à l’œuvre d’art. « Quand l’énoncé est saisi pour la Vorstellung qu’il peut susciter, la prise sur l’axe du langage se fait au pôle des images qui est individuel, et cet abord détermine l’existence esthétique de la parole, le poétique. Une deuxième prise devrait pouvoir se faire par la seule signification débarrassée de ses résonances fantasmiques, dépouillée également de son pouvoir référentiel : elle induirait alors une attitude formaliste, usant du langage comme d’une totalité objective au sens où les signifiés seraient toujours vérifiables d’un interlocuteur à l’autre – ce qui implique qu’on ne sorte pas de l’ordre du langage articulé –, et par conséquent close, puisqu’il ne serait pas besoin d’exposer la signification en la mettant à l’épreuve de quelque chose qui résiderait au dehors d’elle. Mais Frege laisse entendre ici qu’un tel formalisme est impossible puisqu’il n’est pas en notre pourvoir de penser les mots et les assemblages de mots sans en rapporter la signification à un objet qui n’est pas en eux, mais hors d’eux. C’est pourquoi cette deuxième forme de prise sur le langage ne trouve pas sa place dans sa nomenclature, et pourquoi Frege fait du langage de connaissance une parole en quête de l’objet absent dont elle parle. Ainsi tout langage est essentiellement ouvert sur du non-langage : le discours de la connaissance requiert la transcendance en direction des choses, à l’intérieur de laquelle il pourchasse son objet ; le langage de l’art, requiert la transcendance symétrique, en provenance des images, qui viennent habiter ses mots. D’un côté la parole qui définit, qui essaie de faire entrer le désigné dans des relations de structure invariantes, d’assimiler complètement le désigné en signifié ; de l’autre la parole qui exprime, qui veut s’ouvrir à l’espace de la vision et du désir, et faire de la figure avec du signifié ; dans les deux cas, langage fasciné par ce qu’il n’est pas, tentant ici de l’avoir, fantasme de la science, là de l’être, fantasme de l’art.

Le langage représente en mettant à l’épreuve du lecteur le lien qu’il tisse avec la musique, perçue comme langage fonctionnant sans renvoi à une extériorité qui la définirait.

1HUSSERL, Edmund : Idées directrices pour une phénoménologie, Gallimard, Paris, 1950, p. XXXVII.

2HEIDEGGER, Martin : Essais et conférences, Gallimard, Paris, 1958, p. 167.

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